Une colère qui dure depuis plus d’un an
Tracteurs alignés, banderoles et feu de paille : le décor était planté dès la fin de la matinée à Chalain-le-Comtal. Pour les agriculteurs ligériens, cette mobilisation n’est pas un coup d’éclat, mais la poursuite d’un mouvement entamé depuis plusieurs mois.
« Nous sommes mobilisés depuis 2024, et même depuis le début de cette semaine. Les demandes sont fortes, mais les réponses ne sont pas à la hauteur », résume Jean-Luc Perrin, président de la FDSEA de la Loire. « Aujourd’hui, la goutte d’eau qui fait déborder le vase, ce sont la Dermatose Nodulaire Contagieuse sur le plan sanitaire, et surtout le Mercosur. »
“Cet accord doit être mis à la poubelle”
Pour la FDSEA comme pour les Jeunes Agriculteurs, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur représente une menace directe pour l’agriculture française.
« Les négociations ont commencé il y a 25 ans, mais l’agriculture d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle de l’époque », martèle Jean-Luc Perrin. « Le contexte a changé, les exigences environnementales aussi. On ne peut pas accepter de mettre nos producteurs en concurrence avec des produits qui ne respectent pas les mêmes règles. »
Même après l’annonce d’Emmanuel Macron disant que la France s’opposerait à cet accord, la méfiance reste forte.
« Il a tenu un double discours. À l’international, il explique que le Mercosur est une bonne chose, et quand la pression monte en France, il dit l’inverse. Résultat : la France n’est plus crédible en Europe », estime le président de la FDSEA. « Nous irons jusqu’à la dernière seconde pour bloquer cet accord. »
Des revendications bien ancrées dans la Loire
Pour Mathieu Vassel, président des Jeunes Agriculteurs de la Loire, la mobilisation dépasse largement la question du Mercosur.
« On est engagés depuis le 7 novembre, avec des actions devant la préfecture et plusieurs réunions avec la préfète. Il y a des avancées, mais aujourd’hui, le Mercosur reste un sujet central, parce qu’on sent qu’il peut quand même passer. Et pour nous, ce serait une catastrophe pour l’agriculture française. »
Les agriculteurs dénoncent aussi des dossiers locaux qui n’avancent pas : le stockage de l’eau, la gestion des zones humides, Natura 2000, ou encore les dégâts de la faune sauvage comme l'épineux dossier des loups et sangliers.
« Sur le stockage de l’eau, des agriculteurs ont déjà dépensé plus de 100 000 euros en études, et après des années de procédures, on leur dit que ce n’est pas possible. Ce n’est plus acceptable », souligne Mathieu Vassel.
« Sur le loup, les sangliers, les contraintes environnementales, on a l’impression qu’on nous rajoute sans cesse des obstacles. »
Les députés interpellés
Présent sur place, le député de la Loire Antoine Vermorel-Marques a tenu à rappeler son opposition au traité.
« J’ai été à l’origine du vote contre le Mercosur à l’Assemblée nationale il y a un an. On ne peut pas imposer des normes toujours plus strictes à nos agriculteurs et, en même temps, importer des produits qui ne les respectent pas », a-t-il déclaré.
« C’est un problème pour les agriculteurs, mais aussi pour les consommateurs, quand on importe de la viande aux hormones ou des produits avec des pesticides interdits en Europe. »
Une mobilisation appelée à durer
Si la journée n’avait pas vocation à bloquer la circulation, les syndicats n’excluent pas de durcir le mouvement si rien ne change.
« On ne veut pas prendre les citoyens en otage, mais s’il faut aller plus loin pour se faire entendre, on le fera », prévient Mathieu Vassel.
À Chalain-le-Comtal, le message est en tout cas clair : les agriculteurs de la Loire entendent rester mobilisés tant que leurs revendications ne seront pas prises en compte, sur le Mercosur comme sur leurs conditions de travail au quotidien.
AC








