Rencontre avec Alice Monier-Torrente.
Quand on parle de filière équine, de quoi parle-t-on réellement ?
"La filière équine est un secteur très large. On y retrouve les courses, le sport et le loisir, l’élevage, mais aussi toutes les entreprises qui gravitent autour : alimentation, soins, équipements, transport, services… C’est une vraie économie, avec des emplois, des entreprises, des investissements. Pourtant, elle reste souvent mal identifiée, car elle fonctionne en sous-segments très cloisonnés."
Quels sont aujourd’hui les principaux défis de cette filière ?
"Le premier enjeu est économique. Le cheval coûte cher au consommateur final, mais les marges des structures sont souvent très faibles. Une pension, par exemple, mobilise beaucoup d’humain et reste difficilement automatisable. Cela crée aussi
des difficultés en matière de ressources humaines. Les métiers sont passionnants, mais exigeants physiquement, avec des amplitudes horaires importantes et une présence nécessaire toute l’année. Attirer, former et fidéliser les professionnels devient un enjeu majeur."
La Loire est-elle représentative de cette diversité ?
"Oui, même si chaque territoire a ses spécificités. Dans la Loire, les chiffres montrent une vraie présence du cheval. L’IFCE recense 10 700 équidés dans le département, soit 9 % des effectifs régionaux. On compte 114 établissements équestres et 324 lieux d’élevage. Les courses sont présentes avec 620 chevaux de trot et 40 chevaux de galop à l’entraînement, 22 réunions de courses et 63 millions d’euros d’enjeux joués dans les points de vente du département."
Vous insistez aussi sur le besoin de mieux coopérer…
"Oui, parce que la filière est très segmentée. Or, face aux enjeux économiques, aux questions de bien-être animal, à la baisse des paris ou aux difficultés de recrutement, il devient nécessaire de construire des réponses plus collectives. Ce qui rassemble tous les acteurs, c’est la passion et l’amour du cheval. Mais cela ne suffit pas toujours à créer de la mutualisation ou des stratégies communes."
C’est justement là qu’intervient Horse Development ?
"J’ai créé Horse Development en 2012 pour aider les entreprises de la filière équine à mieux analyser leur marché, leur concurrence, leurs clients ou leurs opportunités de développement. J’interviens principalement auprès d’entreprises industrielles et de services (laboratoires, équipementiers, etc.) liées au cheval, en France et à l’étranger, mais aussi auprès de collectivités. L’idée est d’apporter des outils de marketing et de stratégie, tout en connaissant très finement les usages, les codes et les interactions propres à cette filière."
Vous menez également une thèse sur l’innovation dans la filière équine. Pourquoi ce sujet ?
"Parce que la filière innove, mais l’acceptation de l’innovation y est souvent plus lente
qu’ailleurs. C’est un secteur traditionnel, où il faut du temps pour convaincre,
tester, faire adopter de nouvelles pratiques. Les start-up ou entreprises innovantes doivent intégrer ce temps long dans leur modèle économique. Ma recherche vise à mieux comprendre ces mécanismes et à proposer, à terme, des recommandations concrètes pour les acteurs de la filière."
Source : Maestria n°39









