Ce vendredi 10 avril, plusieurs dizaines de militants syndicaux se sont rassemblés place Jean-Jaurès à Saint-Étienne à l’appel de l’intersyndicale. Objectif : défendre le caractère férié, chômé et payé du 1er mai, alors qu’une proposition de loi entend élargir les dérogations permettant de travailler ce jour-là.
Sur place, les prises de parole traduisent une inquiétude forte. « Le 1er mai, c’est une conquête ouvrière essentielle, un symbole international », rappelle Sylvain Excoffon, représentant de Force ouvrière dans la Loire. « On voit bien qu’il y a une volonté de rogner progressivement ce droit. »
Même tonalité du côté des personnels de l’Éducation. Taline Bouagal, AESH et représentante FSU, dénonce « une attaque directe à une conquête sociale historique », dans un contexte où les mobilisations se multiplient déjà dans son secteur.
Mais cette mobilisation locale intervient dans un contexte politique particulièrement tendu.
À Paris, à l’Assemblée nationale, le texte n’a finalement pas été débattu comme prévu. Les députés ont adopté une motion de rejet préalable… déposée par les soutiens du texte eux-mêmes, une manœuvre rare destinée à accélérer la procédure.
Concrètement, ce vote — adopté par 120 voix contre 105 — permet de court-circuiter les débats et les nombreux amendements déposés par la gauche, accusée d’obstruction, pour envoyer directement le texte en commission mixte paritaire (CMP).
Objectif affiché : aller vite, avec l’espoir d’une adoption définitive avant le 1er mai.
Une stratégie vivement dénoncée par l’opposition et les syndicats. À gauche, plusieurs députés ont fustigé un « 49.3 parlementaire » ou un « détournement de procédure », tandis que la CGT évoque un « passage en force » et un « coup de poignard » contre les travailleurs.
Sur le terrain stéphanois, cette séquence politique renforce la détermination des manifestants. « C’est important qu’on soit là aujourd’hui pour montrer qu’on refuse cette régression sociale », explique Mireille Carrot, secrétaire départementale CGT Loire.
Au moment des interviews réalisées à Saint-Étienne, l’issue précise du parcours parlementaire restait encore incertaine. Mais la mobilisation du 10 avril prend désormais une résonance particulière : celle d’une réaction immédiate à une accélération inattendue du calendrier législatif.
L’intersyndicale appelle d’ores et déjà à une nouvelle mobilisation le 1er mai, pour défendre ce qu’elle considère comme « une journée unique » dans le droit du travail français.
AC








