Dans un champ encore humide après les pluies de la veille, bottes aux pieds et cagettes en main, ils sont une trentaine à s’activer entre les rangées de poireaux. Bénévoles des Restos du Cœur, de la Croix-Rouge ou simples citoyens engagés, tous ont répondu présent à l’appel de SOLAAL Auvergne-Rhône-Alpes pour une opération de glanage solidaire à Maclas, dans la Loire.
Le principe est simple : récupérer des légumes qui, faute de débouchés commerciaux, auraient été détruits. « Ça permet de récolter des poireaux qui seraient broyés. L’agriculteur les propose, et nous, bénévoles, on vient les ramasser pour les redistribuer dans les centres », explique Gérard, bénévole aux Restos du Cœur de Rive-de-Gier.
Pour beaucoup, au-delà du geste solidaire, c’est aussi une expérience humaine. « On se retrouve entre collègues, on donne de son temps. Et puis moi, j’étais agriculteur, alors revenir dans les champs, ça me parle », confie-t-il. Un avis partagé par Francis, venu prêter main forte ponctuellement : « Quand il y a de la marchandise qui se gaspille, autant en faire profiter ceux qui ne peuvent pas se la payer. »
À l’origine de cette mobilisation, un jeune maraîcher installé depuis un an. Face à une production trop importante de poireaux, il a choisi de faire appel à SOLAAL plutôt que de perdre sa récolte. « J’en ai planté beaucoup trop, je ne peux pas les vendre. Ils allaient monter en fleurs, donc être perdus. Les donner, c’était la meilleure solution », explique Tristan Juthier.
SOLAAL joue ici un rôle clé. « On fait le lien entre le monde agricole et les associations d’aide alimentaire », détaille Gérard Gallot, vice-président de SOLAAL Aura. « Quand un agriculteur a des produits à donner, on contacte les associations pour organiser la récupération. Dans le cas du glanage, il faut en plus mobiliser des bénévoles pour récolter. »
Créée par le monde agricole, l’association œuvre depuis plusieurs années pour valoriser les dons alimentaires. Depuis janvier 2022, elle a permis de redistribuer plus de 2 600 tonnes de produits dans la région, soit l’équivalent de 5,3 millions de repas.
Sur le terrain, cette chaîne de solidarité prend tout son sens. « C’est très important, parce que ça aide les gens dans le besoin. Et ça montre que la solidarité est toujours là », souligne Sophia, bénévole à la Croix-Rouge, pour qui il s’agit d’une première expérience de glanage. A noter que pour l'agriculteur le don peut aussi permettre une économique avec une demande de CERFA Agricole déductible des impôts.
Au fil de la matinée, les cagettes se remplissent. Les poireaux récoltés seront ensuite distribués dans plusieurs centres d’aide alimentaire du département. Une action concrète, utile et porteuse de sens. « Travailler la terre au profit des plus faibles, c’est génial », résume un bénévole.
Dans un contexte où la précarité alimentaire progresse, ces initiatives locales rappellent qu’une autre voie est possible : celle d’une agriculture solidaire, où rien ne se perd et tout se partage.
AC







