Dans le gymnase Jean Gachet, l’agitation est déjà palpable avant même le début de la compétition. Les Championnats de France d’escalade senior s’y tiendront ce week-end, et derrière les murs encore silencieux se joue une étape essentielle : l’ouverture des voies.
Kenza Slamti, cheffe ouvreuse, coordonne une équipe chargée de concevoir les parcours que devront affronter les athlètes. Une mission à la fois technique et créative. « On réfléchit d’abord au positionnement des lignes, aux volumes, aux prises, puis on construit les voies en fonction du niveau et du style qu’on veut proposer », explique-t-elle.
Sur place, les ouvreurs installent les prises à l’aide de nacelles, imaginent les mouvements, puis testent eux-mêmes les voies. Rien n’est laissé au hasard. « On grimpe, on ajuste, on recommence jusqu’à ce que le parcours soit validé collectivement », précise-t-elle.
Même logique du côté de Julien Gras, ouvreur expérimenté, pour qui la construction d’une voie relève d’un savant dosage. « On essaie d’être à la limite : en finale, idéalement une seule personne arrive en haut. En qualification, plusieurs, mais pas trop », résume-t-il. Les ouvreurs s’appuient ainsi sur leur expérience pour estimer la difficulté, en se mettant eux-mêmes dans la peau des compétiteurs en testant les voies créées.
Le travail s’étale sur plusieurs jours. Environ cinq jours sont nécessaires pour préparer l’ensemble des voies, entre phases de qualifications, demi-finales et finales. Certaines sont montées, testées, démontées puis stockées pour préserver la confidentialité des épreuves. Un impératif essentiel en compétition : les grimpeurs découvrent les voies uniquement le jour J, sans les avoir vues auparavant.
Cette logique de « à vue » impose une équité totale entre les participants. « Ils n’ont aucune information à l’avance, tout est nouveau pour eux », souligne Kenza Slamti. Une exigence qui rend la préparation encore plus stratégique.
Au-delà de la technique, les conditions extérieures influencent aussi le travail des ouvreurs. La chaleur notamment est prise en compte pour reproduire au mieux les sensations des athlètes en compétition.
Avec environ 50 à 60 participants par catégorie, ces Championnats de France représentent un rendez-vous majeur du calendrier national. Une étape décisive pour les sélections en équipe de France, où les meilleurs grimpeurs tenteront de décrocher le titre.
À Saint-Étienne, le spectacle se prépare donc bien avant les premières prises franchies en compétition : dans l’ombre, les ouvreurs dessinent déjà les victoires de demain.
AC










