“On s’y attendait”
Pour la première fois, le Salon de l’Agriculture 2026 se fera sans vaches. Mais pour Clément Gubien, éleveur bovin dans la Loire et membre de l’OS des races locales menacées, la décision n’est pas une surprise.
« On s’y attendait. Plusieurs races avaient déjà annoncé qu’elles n’iraient pas, et après ça fait un effet cascade », explique-t-il.
Avec d’autres éleveurs de races à très faibles effectifs, Clément Gubien avait d’ailleurs pris les devants. Dès la fin décembre, ils avaient décidé de ne pas monter leurs animaux à Paris, malgré un stand déjà réservé.
« On sera présents avec un stand, mais sans animaux. On fera des tours de rôle toute la semaine », précise-t-il.
Des races en danger
Si la décision est douloureuse, elle est avant tout dictée par la peur de perdre des races entières. Certaines, comme la vache Lourdaise, ne comptent plus que quelques centaines d’individus en France.
« Il y a des races à 300 vaches seulement. Si deux ou trois élevages sont touchés par la DNC, la race est perdue. »
Pour Clément Gubien, le message est clair : la priorité n’est plus la vitrine parisienne, mais la survie du patrimoine génétique.
« Notre but principal, c’est de sauver nos petites races françaises. On en a douze dans notre organisme de sélection, et chacune est fragile. »
Un salon amputé de son cœur
Pour les éleveurs, le Salon de l’Agriculture n’est pas qu’un rendez-vous médiatique. C’est un lieu où l’on montre son travail, sa région et son identité.
« Emmener nos bêtes, c’est faire voir notre race, notre département, notre patrimoine. C’est montrer que notre race existe encore et qu’elle évolue. »
L’absence des bovins va donc profondément transformer l’événement.
« Plus il y a d’animaux, plus il y a de monde. Le Hall 1 va sonner creux, c’est sûr. Un salon sans bovins, c’est un salon tronqué. »
Une maladie qui a laissé des traces
La dermatose nodulaire contagieuse a frappé de plein fouet certaines régions fin 2025.
« J’étais à moins de 20 kilomètres d'un cas de DNC. On a vacciné, les vétérinaires et les éleveurs ont fait un énorme travail. Sans ça, on aurait pu perdre beaucoup plus. »
Pour l’éleveur, la menace n’est pas seulement économique : elle est aussi émotionnelle.
« On est très proches de nos vaches. Si on les perd, on ne sait pas comment on réagirait. »
Cap sur 2027
Malgré la frustration, Clément Gubien veut croire à un retour à la normale.
« On espère que la maladie sera étouffée et qu’on n’en parlera plus en 2027. »
D’autant que de gros projets se profilent, notamment autour de la race ferrandaise.
« 2027 sera très important pour la suite de notre travail. »
En attendant, le Salon 2026 se fera sans bovins… mais pas sans éleveurs. À Paris, les stands seront bien là pour rappeler que, même invisibles, les vaches françaises et leurs races menacées continuent de se battre pour leur survie.
AC








