C'est une histoire que l'on raconte encore dans les cafés, lors des fêtes de village ou au bord des terrains de football. Depuis des siècles, Crémeaux et Saint-Martin-la-Sauveté se disputent le même titre : celui de la commune possédant la plus grosse cloche.
Une querelle de clocher au sens propre du terme.
« C'est une rivalité amicale, il n'y a rien de méchant », sourit le maire de Crémeaux, Didier Poncet. Une rivalité remise récemment au goût du jour par quelques jeunes du village, au point que des habitants des deux communes se sont déjà livrés eux-mêmes à des opérations de mesure.
Mais autour de cette histoire flotte aussi une vieille légende. Saint-Martin voulant faire une cloche plus grosse que ses voisins de Crémeaux, des habitants auraient fait boire les visiteurs avant de raccourcir discrètement l'outil servant à mesurer la cloche originale. Résultat : une copie légèrement différente... et un débat qui dure encore aujourd'hui.
Des millions de points pour quelques millimètres
Pour mettre tout le monde d'accord, la Chambre départementale de l'Union Nationale des Géomètres-Experts (UNGE) a choisi cette année de faire de cette rivalité son événement phare de la Semaine des Géomètres-Experts.
Dans les clochers des deux communes, les professionnels ont déployé un arsenal technologique digne d'une enquête scientifique.
Scanner laser fixe, scanner dynamique portable, modélisation 3D... chaque cloche a été capturée sous tous les angles.
« On enregistre environ un million de points par seconde », explique Ludovic Bonin, président de l'UNGE Loire. « Cela nous permet de créer un nuage de points en trois dimensions extrêmement précis et de calculer ensuite des distances, des surfaces ou des volumes. »
Une démonstration spectaculaire qui rappelle que les géomètres-experts ne se contentent pas de mesurer des terrains.
« Mesurer le patrimoine, c'est aussi mesurer notre histoire », souligne-t-il. « Aujourd'hui, ces technologies servent aussi bien à préserver des monuments qu'à définir des limites de propriété ou à préparer des travaux. »
Une affaire de quelques millimètres
Et alors, qui gagne ?
Sur place, les premiers relevés ont rapidement montré que le suspense allait durer encore un peu.
« C'est très très proche entre les deux cloches », confie Vincent Dubré, géomètre-expert à Montbrison. « On est probablement sur quelques millimètres d'écart seulement. »
De quoi confirmer que les habitants n'étaient finalement pas très loin de la vérité lors de leurs précédentes mesures artisanales.
À Saint-Martin-la-Sauveté, certains espèrent conserver leur avantage symbolique. L'an dernier, une mesure réalisée par des représentants des deux villages avait donné la cloche saint-martinoise gagnante... de seulement six millimètres.
« On espère que les géomètres trouveront la même chose », sourit Nadine Bernet, habitante de Saint-Martin-la-Sauveté. « Mais c'est une rivalité complètement amicale. »
Amicale, certes. Mais suffisamment importante pour que chacun surveille attentivement les résultats.
Quand la science rencontre les traditions
Au-delà du vainqueur, cette opération illustre parfaitement l'esprit de la Semaine des Géomètres-Experts : faire découvrir au grand public un métier souvent méconnu à travers des actions originales et ancrées dans les territoires.
Et quoi de mieux qu'une vieille querelle de clochers pour montrer que la précision scientifique peut parfois répondre à des questions que plusieurs générations se posent encore ?
Reste désormais à connaître le verdict définitif. Face à la similarité des deux cloches, les géomètres n'ont pu déterminer quelle était la plus grosse... cloche. Cela va désormais être aux ordinateurs de parler. Faut-il encore savoir ce qu'entendent les habitants par "la plus grosse", volume ? diamètre ? hauteur ?
Dans le Haut-Forez, quelques millimètres pourraient bien suffire à alimenter les conversations pour les siècles à venir, encore... Les premières réponses, scientifiques, sont attendues début de semaine prochaine. Affaire à suivre !
AC









