La tension monte d’un cran à Dumarey Powerglide Bouthéon. En grève depuis plusieurs jours contre le projet de fermeture du site et le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) proposé par la direction, les salariés ont tenu une conférence de presse ce lundi 18 mai pour élargir leur mobilisation et porter leur combat au-delà du bassin stéphanois.
Pour Jean-Pierre Rodriguez, délégué syndical CGT, il s’agit d’alerter sur « les agissements de Dumarey » et de rappeler que l’ancien propriétaire, ZF, porte lui aussi une part de responsabilité.
« Lors de la cession en 2023, ZF et Dumarey s’étaient engagés sur le maintien de l’emploi jusqu’à fin 2027. Aujourd’hui, cet engagement n’est pas tenu », dénonce-t-il.
D’une usine rentable à des pertes massives
Les représentants syndicaux assurent qu’avant son rachat en octobre 2023, le site d’Andrézieux-Bouthéon était rentable.
Selon eux, l’usine générait plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et reversait plus de 10 millions d’euros de bénéfices au groupe ZF.
« Sur dix ans, nous avons remonté plus de 102 millions d’euros », rappelle l’intersyndicale.
Depuis le rachat, le constat dressé par les élus du personnel est sévère : aucun projet industriel viable n’aurait vu le jour et l’entreprise perdrait désormais près d’un million d’euros par mois.
Ils dénoncent notamment l’échec des projets de diversification annoncés, comme le rétrofit de bus à hydrogène, restés selon eux sans concrétisation.
“Le vrai projet, c’est l’immobilier”
Le ton est encore plus offensif du côté de Patrice Chavot, délégué syndical CFE-CGC.
« Il nous a menti pour récupérer cette activité. Le vrai projet, ce n’est pas l’industrie, c’est le campus immobilier », accuse-t-il.
Les syndicats reprochent à Guido Dumarey de vouloir valoriser le foncier du site, évoquant la création d’une structure immobilière autour du campus industriel.
Selon eux, la fermeture permettrait au groupe belge de récupérer les actifs fonciers et d’en tirer profit, pendant que les salariés perdraient leur emploi.
ZF également dans le viseur
Autre cible de la colère syndicale : ZF.
Les salariés reprochent au groupe allemand d’avoir progressivement rapatrié sa production en interne, notamment en développant une nouvelle génération de boîtes de vitesses venant concurrencer directement l’activité historique de Bouthéon.
« On est convaincus que le sale boulot a été confié à Dumarey pour ne pas salir l’image de ZF », accuse l’intersyndicale.
La direction de Dumarey défend un PSE “solide et sécurisé”
Dans une déclaration transmise à TL7, la direction de Dumarey affirme que la fermeture du site est devenue « inévitable » en raison du déclin structurel du marché européen de la transmission automobile et d’une concurrence internationale accrue.
Elle assure avoir multiplié les efforts pour diversifier l’activité et rappelle qu’une enveloppe globale de 26,3 millions d’euros est prévue pour financer le PSE, dans des conditions identiques à celles proposées aux salariés du site de Strasbourg.
Le financement serait sécurisé par une fiducie adossée aux actifs fonciers, sous supervision judiciaire.
La direction assure également poursuivre la recherche d’un repreneur, conformément à la loi Florange, et affirme vouloir éviter une liquidation judiciaire qui serait, selon elle, « la pire des solutions pour les salariés ».
Des négociations toujours sous tension
Les syndicats réclament avant tout le respect de la garantie d’emploi jusqu’à fin 2027. À défaut, ils exigent une renégociation du PSE avec des indemnités supra-légales plus importantes et des congés de reclassement renforcés.
Une nouvelle réunion de négociation est prévue ce 21 mai.
Avec un taux de grévistes annoncé à plus de 90 %, les salariés promettent de maintenir la pression.
AC









