C’est un scénario que personne ne souhaite voir se réaliser, mais auquel tous se préparent. Ce vendredi, une colonne de fumée fictive s'est élevée depuis le quartier de Terrenoire à Saint-Étienne, progressant rapidement sous l'effet d'un vent de nord-ouest vers le plateau de la Barbanche, au cœur du massif du Pilat. Au total, ce sont près de 90 sapeurs-pompiers et 25 engins qui ont été déployés pour cet entraînement "grandeur nature".
Une coopération interdépartementale et des moyens massifs
Pour faire face à cette simulation de grande ampleur, le Service Départemental d'Incendie et de Secours de la Loire (SDIS 42) n'était pas seul. Des renforts venus de l'Allier, de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme ont immédiatement été intégrés au dispositif.
« Le but aujourd'hui, c'est de travailler la cohésion », explique Éric Meunier, directeur des sapeurs-pompiers de la Loire. « Tout le monde a la même formation, mais apprendre à se connaître et à manoeuvrer ensemble, c'est primordial. En France, nous avons une double particularité : on attaque les feux dès leur naissance pour éviter qu'ils ne se propagent, et le Commandant des Opérations de Secours (COS) dirige à la fois les forces terrestres et aériennes.»
Sur le terrain, les "camions citernes feux de forêts" (CCF) — dotés de systèmes d'autoprotection par aspersion de la cabine en cas d'encerclement par les flammes — ont été appuyés par des moyens aériens nationaux (hélicoptère et avion bombardier d'eau), coordonnés depuis la base zonale de l'aéroport de Saint-Étienne Loire à Andrézieux-Bouthéon.
Le drone, nouvel "outil d'aide à la décision" indispensable
Au cœur du Poste de Commandement (PC), les yeux sont rivés sur les cartes tactiques, mais aussi sur les écrans de retransmission. L'une des grandes plus-values de cet exercice 2026 réside dans l'utilisation intensive des drones, notamment le modèle DJI Matrice 4T équipé de caméras thermiques.
Le lieutenant Édouard Massey, officier de liaison des appareils télépilotés, souligne leur rôle grandissant : « Quand l’hélicoptère n’est pas disponible ou qu'il doit intervenir ailleurs, le drone fait le même travail de reconnaissance. Il filme la situation et renvoie les images en direct au PC ou au CODIS. C'est un outil d'aide à la décision crucial pour le commandant des opérations. » Au-delà des incendies, ces technologies s'imposent désormais dans la recherche de personnes égarées ou l'évaluation des zones inondées.
Sécuriser l'interface entre la forêt et la ville
Le choix de situer l'exercice aux portes de Saint-Étienne ne doit rien au hasard. Marqué par les incendies qui avaient menacé les quartiers nord de Marseille l'été dernier, le SDIS 42 a voulu tester la protection des zones périurbaines.
« Le risque est important dans le massif du Pilat en raison de sa typologie », précise le commandant Benoît Rouchon, chef des opérations sur l'exercice. « Plus la zone est dense en population, plus elle occupe nos moyens. Notre effort se concentre prioritairement sur la préservation des vies humaines et l'évacuation si nécessaire. » Une patrouille a d'ailleurs dû gérer un cas concret lors de l'exercice : la localisation et l'évacuation d'un troupeau de bovins repéré près des antennes sur le point culminant 1054.
"Se préparer au pire pour savoir le gérer"
Nouvellement installé dans le département, le préfet de la Loire a assisté à sa première manœuvre aux côtés du président du Conseil départemental, Georges Ziegler. Saluant le professionnalisme des équipes et la précision des largages aériens, le représentant de l'État a rappelé l'urgence d'une telle préparation face aux dérèglements climatiques.
« Le changement climatique, ce n'est pas seulement de la chaleur, ce sont des vents, de la sécheresse, une réunion de facteurs aggravants. Un feu peut partir du Pilat et très vite venir toucher Saint-Étienne. Le but d'un tel exercice est de se préparer au pire. Mon dicton est simple : rigueur dans l'organisation, souplesse dans l'exécution », a conclu le préfet.
Bien que le niveau de crise maximal ne soit pas encore atteint en ce début de saison, la préfecture et le département rappellent que des mesures préventives et des restrictions (interdiction des feux en forêt, gestion de l'eau) seront progressivement communiquées à la population pour éviter que la fiction ne devienne réalité cet été.
AC









