Le choc est brutal. Vendredi matin, dans un pré du secteur du « Grand Champ », au-dessus de La Terrasse-sur-Dorlay, un éleveur tombe sur une scène de chaos. Des brebis mortes, d’autres agonisantes, certaines coincées dans les grillages après avoir tenté de fuir. Au total, huit animaux tués, plusieurs blessés, et un troupeau traumatisé.
Très vite, les constats orientent vers une attaque de loup. Les bêtes ont été mordues au cou, sans être réellement consommées. « Une signature claire », affirme l’éleveur Cyril Cote, qui connaît ce type d’attaque pour y avoir déjà été confronté. Sur place, les agents de l’Office français de la biodiversité relèvent de nombreuses empreintes, dont deux gabarits différents.
Mais au-delà du constat, c’est l’exaspération qui domine. Car quelques jours avant, une autre attaque avait été signalée à seulement deux kilomètres. Une information qui n’a pas circulé jusqu’aux éleveurs concernés. « On découvre le problème une fois que c’est trop tard », résume le gérant du Gaec "Les Agneaux du Pilat".
Résultat : aucune mesure préventive mise en place. Pas de mise à l’abri nocturne, pas de renforcement particulier, faute d’alerte. Dans une zone pourtant proche des habitations — l’attaque s’est produite à seulement 300 mètres des premières maisons.
Sur le plan économique, la pilule ne passe pas non plus. Les brebis tuées étaient pour certaines prêtes à être vendues. Malgré les indemnisations prévues, l’éleveur estime perdre environ un quart de leur valeur. Un système jugé déconnecté de la réalité : « Une brebis, ce n’est pas un chiffre standard. Ça dépend de son état, de son âge, de sa production. »
Et la liste des pertes ne s’arrête pas là : animaux disparus, frais vétérinaires, temps de travail, sans parler du stress infligé au troupeau. Une brebis devra d’ailleurs être euthanasiée après avoir été retrouvée avec le bassin fracturé.
Sur le terrain, le sentiment d’abandon est palpable. L’éleveur déplore un manque d’outils concrets, alors que dans d’autres régions, des systèmes d’alerte, notamment des applications pour informer de la suspicion de présence d'un loup existent déjà pour signaler les attaques en temps réel. « Ce n’est pas aux agriculteurs de faire circuler l’information entre eux ».
À la mairie, le constat est lucide mais impuissant. Le maire Christian Ducceschi reconnaît une situation « très préoccupante », tout en rappelant que la gestion du loup relève de l’État. Reste une ligne difficile à tenir : préserver la biodiversité sans sacrifier les éleveurs.
Car sur le terrain, le discours de la cohabitation passe de moins en moins. Dans le Pilat, le retour du loup n’est plus une hypothèse. Pour les éleveurs, c’est déjà une réalité — et elle a un coût.
AC








