Dans la Loire, ils sont 22 adolescents à être accompagnés par Alternative, un service de la Sauvegarde 42. 19 mineurs de 14 à 18 ans, confiés par le juge des enfants ou par les Inspecteurs Enfance du Département, et depuis avril 2024, trois jeunes majeurs de 18 à 21 ans engagés dans un Contrat Jeune Majeur.
La particularité d’Alternative ? Ne pas disposer de foyer d’hébergement collectif. Ici, les jeunes mineurs sont accueillis au sein de familles de parrainage bénévoles. « Nous n’avons pas de lits sur place. Les familles sont nos murs, nos yeux, nos oreilles », résume Manon Bernier, éducatrice au sein du service.
Un accueil familial plutôt qu’un foyer
Contrairement aux familles d’accueil rattachées au Département, les familles de parrainage d’Alternative ne sont pas des professionnelles salariées. Elles sont bénévoles, issues de tous horizons : personnes seules, couples avec ou sans enfants, retraités, actifs. Elles perçoivent un défraiement par nuit et par repas, mais il ne s’agit pas d’un salaire.
« L’idée, c’est que le jeune, déjà confronté au collectif toute la journée – à l’école, dans les activités – puisse le soir retrouver un cadre familial, plus individualisé », explique l’éducatrice. Un environnement plus apaisant, où l’on parle moins de placement et davantage de quotidien partagé.
Car le projet éducatif, lui, reste entièrement piloté par l’équipe d’Alternative : huit éducateurs, une cheffe de service, un psychologue et une secrétaire assurent le suivi global du jeune – scolarité, santé, relations familiales, orientation professionnelle. Une astreinte éducative est assurée 24 heures sur 24, toute l’année. En cas de difficulté, les familles peuvent joindre un professionnel à tout moment.
« Leur réussite, c’est notre réussite »
Saliha est famille de parrainage depuis 2009. Ancienne aide à la personne, elle s’est engagée après un licenciement. « J’en avais entendu parler en bien. Je me suis inscrite et je n’ai jamais arrêté. »
Ce qui lui plaît ? L’accompagnement dans la durée. « Au départ, certains jeunes peuvent être compliqués. Mais quand ils se positionnent dans le bon sens, leur réussite, c’est ma réussite. » Elle raconte ces anciens adolescents qui reviennent la voir, deux ou trois ans plus tard, pour annoncer un mariage, un emploi, un enfant. « Je ne suis pas là que pour héberger. Je suis là pour les accompagner dans leur projet. »
Elle insiste aussi sur le soutien constant de l’équipe éducative : « On est vraiment épaulés. Les éducateurs sont là tout le temps. Ce n’est pas une contrainte. »
« On ne se sent pas seul »
Du côté des jeunes, l’accueil en famille change la donne. Mina (prénom d’emprunt) souligne l’importance de ne pas être livré à soi-même : « Ça m’apporte beaucoup parce qu’on ne se sent pas seul. On a quelqu’un à qui parler, même de choses personnelles. »
Elle met en avant la complémentarité entre la famille de parrainage et l’équipe éducative : « Pour l’école, s’il y a un souci, ils sont là. Ça enlève un poids. » Un accompagnement qui offre des repères, essentiels pour des adolescents parfois en grande fragilité sociale, familiale ou psychique.
Un besoin urgent de nouvelles familles
Aujourd’hui, Alternative recherche activement de nouvelles familles de parrainage sur le territoire ligérien. « Nous n’avons pas de famille modèle », insiste Manon Bernier. « La configuration importe peu. Ce qui compte, c’est l’envie d’accueillir et de partager un cadre de vie, avec l’appui constant de l’équipe. »
Le processus d’admission comprend des rencontres avec un éducateur, le psychologue et la cheffe de service, afin de garantir un accueil adapté à chaque situation.
Alors que le besoin d’accompagnement des adolescents en difficulté reste important dans la Loire, la mobilisation de nouvelles familles pourrait permettre d’offrir à d’autres jeunes un cadre stable, bienveillant et structurant.
Un engagement bénévole, certes, mais dont les retours humains, à en croire Saliha, n’ont pas de prix.
AC







