Parfois, une simple rencontre change le cours d’une routine sportive. Pour Bertrand, bénévole et pilier de l'association des Canipotes 42, l’aventure a commencé par un paradoxe : « Je ne suis pas un coureur à la base, j'ai fait d'autres sports, mais je détestais courir », sourit-il. Six ans plus tard, il avale pourtant les kilomètres chaque semaine aux côtés d'Obi-Wan, son berger australien. Comme lui, ils sont désormais plus de 90 adhérents dans la Loire à s'élancer sur les chemins de cross et de trail, contre moins de dix à la création du club. Une explosion des effectifs qui témoigne du succès grandissant de ce sport de traction, sans que l'association n'ait perdu son ADN d'origine.
Une "grande famille"
Dans ce club ligérien, la performance pure est systématiquement reléguée au second plan. L'objectif premier des séances d'entraînement reste le renforcement de la relation entre le maître et son animal. Si les coureurs travaillent des aspects techniques indispensables — comme la gestion du dénivelé, les dépassements ou la concentration des chiens lors des départs groupés —, l’entraide prime sur le classement. « Ce qui est vraiment important chez nous, c'est la cohésion du groupe. On ne laisse personne, on ne cherche pas à être les premiers, on cherche à faire des séances groupées », insiste Bertrand, qui qualifie volontiers l'association de « grande famille ».
Cette philosophie d'ouverture permet d'accueillir tous les profils. L'équipement requis, particulièrement accessible (une paire de baskets, un baudrier et un harnais adapté), permet aux débutants comme aux plus jeunes de s'initier rapidement et en toute sécurité grâce à des sections enfants adaptées. Cette mixité se retrouve également chez les quadrupèdes. Le club offre ainsi une bouffée d'oxygène et une opportunité de sociabilisation unique à des profils plus cabossés ; Caroline, une adhérente du club, choisit par exemple régulièrement de s'aligner sur les séances accompagnée de chiens de refuge.
Face aux dérives de la compétition, la priorité au bien-être animal
Cet esprit de camaraderie locale fait face à une mutation nationale de la discipline. Le cani-cross s'est considérablement structuré ces dernières années en intégrant une Fédération officielle, ouvrant la voie à des Championnats de France et du Monde hautement disputés. Une reconnaissance sportive qui amène cependant son lot d'effets pervers. « Dès qu'il y a des titres nationaux ou internationaux en jeu, on a des dérives où les gens cherchent vraiment la performance pure, parfois au détriment de la santé de leur chien », regrette Bertrand.
Face à cette course aux podiums, les Canipotes 42 opposaient une charte éthique stricte basée sur l'écoute de l'animal. « Quand il y a un chien qui en a assez, il faut être capable de dire qu'on arrête la séance, ou qu'on ne fait plus de traction pour passer en libre parce qu'il fait trop chaud. Le bien-être du chien est le plus important », rappelle le bénévole. Une ligne de conduite partagée par la présidente de l'association, qui axe les objectifs du club sur l'humain, l'esprit social et le respect animal. Un sens du partage qui s'illustre lors du traditionnel « cani-apéro » de fin de séance, moment suspendu où les coureurs débriefent la sortie autour d'un verre pendant que les chiens reçoivent leur dose de caresses bien méritée.
E.JOURDAN










