Une journée pour questionner le racisme, dès le plus jeune âge
Toute la journée, Lilian Thuram a échangé avec des élèves du Chambon-Feugerolles autour des questions de racisme, de discriminations et de stéréotypes. Une rencontre organisée dans le cadre d’un projet porté par les Petits Débrouillards, association d’éducation populaire spécialisée dans la vulgarisation scientifique, en partenariat avec la Fondation Lilian Thuram.
« Notre idée, c’est de ramener à l’esprit critique par la science, avec des ateliers simples, ludiques, accessibles à tous », explique Emmanuel Foulatier, chargé de développement de l’antenne locale des Petits Débrouillards à Saint-Étienne. Depuis plusieurs années, l’association développe des parcours pédagogiques autour des stéréotypes, du genre, des cultures du monde, et plus récemment, du racisme.
Inauguré en novembre 2025, ce nouveau parcours a été déployé pendant plusieurs mois dans les médiathèques du Chambon-Feugerolles, de Firminy et d’Aurec-sur-Loire, touchant directement ou indirectement plusieurs dizaines de classes.
“À quel âge êtes-vous devenu blanc ?”
Face aux enfants, Lilian Thuram privilégie le dialogue et le questionnement. « Pourquoi je dis ce que je dis ? Pourquoi je pense ce que je pense ? », interroge-t-il régulièrement. L’ancien footballeur utilise des exemples concrets, parfois déstabilisants, pour amener les élèves à réfléchir autrement.
L’un des échanges marquants porte sur la couleur de peau. « Quand un enfant me dit “je suis blanc depuis que je suis né”, je lui demande à quel moment il est devenu blanc. On se rend compte que ces catégories sont des constructions », explique-t-il. Très vite, les enfants arrivent à la même conclusion : personne n’est vraiment blanc ou noir, mais beige, marron, ou d’une infinité de nuances explique Lilian Thuram.
Un moyen simple de démontrer que la racialisation du monde n’a rien de naturel, mais raconte une histoire, souvent liée à des hiérarchies et à des rapports de domination.
Déconstruire les stéréotypes par la science et le jeu
C’est là que le travail des Petits Débrouillards prend tout son sens. Ateliers cognitifs, manipulations, expériences sur le fonctionnement du cerveau : les enfants découvrent comment les stéréotypes se construisent, parfois très rapidement, par généralisation.
« On montre que notre cerveau classe les informations en permanence, souvent sans qu’on s’en rende compte. Comprendre ça, c’est déjà prendre du recul », souligne Emmanuel Foulatier. L’objectif n’est pas de culpabiliser, mais de donner des outils pour réfléchir et déconstruire.
Les réactions des enfants ne trompent pas : regards attentifs, étonnement, parfois des grimaces, mais surtout une écoute profonde. « Ils étaient tous autour de Lilian, suspendus à ses mots », raconte l’animateur.
Se défendre, se respecter, cultiver la solidarité
Au fil des échanges, Lilian Thuram aborde aussi des sujets sensibles : les blagues racistes, le harcèlement, le sexisme ou l’homophobie. Son message est clair : « Quand vous êtes victime, ce n’est jamais vous le problème. Il faut se défendre, en parler, se respecter. »
Il insiste sur l’importance de l’estime de soi et de la solidarité, valeurs essentielles pour construire une société plus juste. « Le racisme perdure parce que certains y trouvent un confort. Pour le combattre, il faut accepter de questionner sa propre place. »
Un débat public pour toucher aussi les adultes
En fin de journée, la réflexion s’est poursuivie avec un débat grand public, ouvert à tous, en présence de SOS Racisme Loire. Un temps d’échange essentiel pour élargir la discussion au-delà du cadre scolaire.
« Lutter contre le racisme, ça concerne tout le monde, enfants comme adultes », rappelle Emmanuel Foulatier. « C’est aussi pour ça que la présence de Lilian Thuram est précieuse : il est accessible, pédagogue, et son discours résonne avec son parcours. »
“Nous sommes tous liés”
À travers son témoignage personnel, de la Guadeloupe à l'Hexagone, de son enfance à la Coupe du monde 1998, Lilian Thuram rappelle que les identités sont multiples et mouvantes. « Il ne faut jamais enfermer les gens dans des catégories. Ce qui compte, c’est de se voir comme des êtres humains avant tout. »
Un message fort, partagé au Chambon-Feugerolles, pour rappeler que le vivre-ensemble se construit par le dialogue, le questionnement… et beaucoup de solidarité.
AC








