Six mois : c'est le temps qu'a nécessité la plus grande œuvre d'Ariane Crozet, lithographe installée à Saint-Étienne. Tout part d'une pierre calcaire vierge, de la taille du dessin souhaité. Elle y dessine comme sur une feuille, avec un corps gras. « On a des outils pigmentés vraiment juste pour qu'on puisse voir, enfin qu'on puisse pas travailler à l'aveugle », explique l'artiste : plus le trait est gras, plus il retiendra l'encre et ressortira foncé à l'impression.
Le secret : la répulsion entre le gras et l’eau
Le pigment est ensuite effacé avant l'encrage. « Il va rester que le fantôme de gras que j'ai déposé sur la pierre », précise la lithographe, qui garde la pierre humide en permanence : l'eau repousse l'encre, le gras de l'encre l'attire.
L'impression se joue sur une presse du XIXe siècle, une « bête à cornes » qui n'est plus fabriquée aujourd'hui. « On récupère le tirage, on remouille la pierre, on la ré-encre, on repose une feuille et on refait exactement tout ça », résume-t-elle — un procédé répété pour chaque couleur dans le cas d'un dessin polychrome.
La lithographie : un art de vivre
Une estampe de taille moyenne se vend environ 80 euros, de quoi la rémunérer tout en proposant un prix correct pour une œuvre. « Comme chaque dessin est duplicable, je peux les vendre moins cher », note Ariane Crozet, qui y voit une façon de « participer à une forme de démocratisation de l'accès à l'art ».
Révélée aux Beaux-Arts de Nantes, la technique est devenue bien plus qu'un métier pour elle : « Il y a quelque chose de reposant en fait », confie-t-elle. Elle vante son art comme « sensuel », avec « une mise en mouvement du corps », au contraire du dessin traditionnel qu'elle décrit comme « cérébral » et « statique ». Aujourd'hui encore, Ariane Crozet ne vit pas de son activité — mais elle continue, geste après geste.
T.RIVIERE








