Dans un contexte économique global mouvant, l’industrie ligérienne fait preuve d’une résilience remarquable. « On voit que les chiffres se maintiennent, voire, dans certains cas de l'histoire, ils progressent, malgré les crises qui se superposent », pose d'emblée Pascal Michaud, président de l'UIMM (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie) de la Loire. L'Observatoire annuel 2026 du secteur confirme ce diagnostic : avec 1 175 établissements et 25 151 salariés, la métallurgie pèse lourd, représentant à elle seule 12 % de l’emploi salarié privé ligérien, soit plus d'un emploi sur dix. Mieux encore, elle concentre la moitié des emplois industriels du département.
Si certains sous-secteurs comme la fabrication de matériels de transport ont souffert récemment, d’autres branches – à l'instar de l'automobile (+3 %) et des autres industries manufacturières (+4,1 %).
Le défi démographique : 21 % de la profession à la retraite d’ici dix ans
Cette solidité cache pourtant un défi structurel majeur : le vieillissement de la pyramide des âges. Le secteur compte aujourd'hui un seul jeune de moins de 30 ans pour deux séniors de plus de 50 ans. Selon les projections de l'INSEE et d'ELO, 7 % des actifs de la métallurgie ligérienne partiront à la retraite d’ici 5 ans, et 21 % à l'horizon de 10 ans.
Pour les chefs d'entreprise, l'enjeu est critique : il faut organiser la transmission des savoir-faire avant qu'il ne soit trop tard. Pour compenser ces départs, 56 % des établissements cherchent à recruter un profil identique et 19 % misent sur la promotion interne. Seules 15 % des structures prévoient de ne pas remplacer les postes vacants.
1 280 projets d'embauche en 2026
Pour répondre à ce besoin de renouvellement et soutenir le développement de l'activité (qui motive 47 % des projets), 38 % des entreprises du secteur prévoient de recruter au moins une personne cette année. Au total, ce sont 1 280 intentions de recrutement qui sont répertoriées pour 2026.
Et loin des clichés sur la précarité, l’industrie ligérienne recrute de manière pérenne : 77 % de ces embauches se feront en CDI, tandis que l'alternance (apprentissage et contrats de professionnalisation) représente 11 % des projets, s'affirmant comme la voie royale d'intégration.
Du côté des profils, la demande se concentre massivement sur le terrain : 50 % des besoins concernent des opérateurs, et 30 % des techniciens (les ingénieurs représentant 8 % et les fonctions supports 12 %). En tête des métiers les plus recherchés : les opérateurs de production (270 projets) et les techniciens de production (240 projets).
Face aux tensions de recrutement, le « savoir-être » devient prioritaire
Trouver la perle rare reste toutefois un exercice complexe. 88 % des établissements ligériens déclarent éprouver des difficultés à recruter, une tension persistante depuis plusieurs années. En cause : le manque de candidats disponibles (pour 71 % des structures) et des profils inadéquats (63 %). Le bilan de l'année écoulée illustre ce goulot d'étranglement : en 2025, sur 100 postes recherchés, les entreprises n'ont réussi à en pourvoir que 68 (contre 80 en 2024). Par ailleurs, la féminisation progresse doucement mais sûrement, les femmes représentant 25 % des recrutements effectués l'an dernier.
Pour débloquer la situation, les recruteurs bousculent leurs critères. Pour la première fois, le savoir-être s'impose comme le critère le plus cité, plébiscité par 76 % des entreprises, devant la motivation et les compétences techniques. « L'industrie a besoin de personnes avec des valeurs, avec un esprit de transmission et de communication à l'intérieur des entreprises », insiste Pascal Michaud.
Objectif "Job-Dating" : reconnecter les jeunes et l'industrie
C’est tout l’enjeu de la multiplication des forums et des job-datings organisés sur le territoire, comme celui qui se tient actuellement au Campus des Aciéries de Saint-Etienne. « On essaie d'augmenter la fréquence de ces rendez-vous pour maintenir un contact régulier avec les jeunes et coller au plus près des besoins en temps réel des entreprises », explique le président de l’UIMM Loire.
Le message envoyé à la jeunesse est clair : l'industrie d'aujourd'hui offre une sécurité et des perspectives professionnelles que peu de secteurs peuvent garantir. « C'est un secteur stable, et on a besoin de stabilité dans ce monde incertain qui bouge beaucoup. Les projets dans l'industrie française s'inscrivent sur le très long terme. Prenez l'exemple du nucléaire et de l'énergie : les besoins sont fléchés pour les 30 ou 40 prochaines années ! Notre territoire a toujours été industriel, on ne va pas s'arrêter maintenant. Nous avons l’architecture cohérente pour cela, entre les entreprises et des organismes de formation de pointe. »
AC









