Depuis novembre 2024, les 13 déchèteries de Saint-Étienne Métropole ne sont accessibles qu’avec un QR code. L’objectif est clair : réserver l’accès aux seuls habitants de la Métropole et éviter que des professionnels ou des résidents extérieurs ne bénéficient gratuitement de ce service. Un an plus tard, près de 80 000 foyers ont créé leur compte, soit plus que le nombre de maisons individuelles des 53 communes du territoire (67 000).
Pour François Driol, vice-président de la Métropole en charge des déchets, ce dispositif était indispensable : « On apporte avec autant de vigueur le dispositif de contrôle d'accès à nos déchèteries, qui était une nécessité. Une fréquentation débridée et incontrôlée générait des surcoûts et la présence de passagers clandestins. Oui, un contrôle crée des contraintes pour les usagers, mais il garantit un accès gratuit et sécurisé. Les dépôts sauvages ne sont pas dus au QR code, ce sont des comportements incivils qui existaient déjà avant. »
Les chiffres semblent lui donner raison : la Métropole annonce une baisse de 35 % des déchets pris en charge, soit 18 000 tonnes de moins sur les huit premiers mois de 2025, et estime à 2 millions d’euros les économies annuellesréalisées sur le transport et le traitement des déchets.
Pour autant, sur le terrain, le ressenti est plus nuancé. Certains habitants jugent le dispositif utile, comme Dominique de Saint-Chamond : « Il faut gérer, il ne faut pas que les gens fassent n'importe quoi, donc voilà, QR code pourquoi pas. » D’autres le critiquent vivement. Noël, également de Saint-Chamond, pointe l’impact écologique : « C’est nul… on voit de plus en plus de dépôt sauvage, il y a moins de passage en déchèterie, il faut qu'ils abandonnent ces QR code, ça ne sert à rien pour la nature. » Samuel, lui, regrette les limites imposées : « Si j'ai besoin d'envoyer des déchets régulièrement, je trouve ça un peu dommage de nous limiter à un certain nombre de passages… sinon on en fait quoi des déchets après ? » Même des usagers plus conciliants, comme Georges, reconnaissent que la discipline imposée par le QR code est finalement acceptable : « Au départ c’était contraignant… mais sur le nombre de passages dont on a droit, c’est assez correct, donc on va la respecter. »
Pour la Ville de Saint-Étienne, la situation est beaucoup plus préoccupante. Cyrine Makhlouf, adjointe en charge de la propreté, dénonce un bilan très différent : « On n'est pas du tout raccord sur le bilan. Je passe de 300 tonnes de dépôts sauvages avant le QR code à 500 tonnes après sa mise en place. Les agents du service propreté sont sous pression, nous avons dû recruter deux policiers municipaux et installer dix caméras pour verbaliser les dépôts sauvages. À Saint-Étienne, seulement 15 % des foyers se sont inscrits pour obtenir leur QR code. » Selon elle, le dispositif est trop complexe et ajoute de la contrainte à un système qui était simple auparavant.
Le conflit institutionnel est net : la Métropole défend un dispositif permettant de maîtriser les coûts et de filtrer les usagers extérieurs, tandis que la Ville met en avant la charge accrue pour ses agents, l’augmentation des dépôts sauvages et l’adhésion limitée des habitants. François Driol souligne néanmoins que « il faut accompagner les usagers, faire preuve de patience, et travailler ensemble contre les dépôts sauvages », tandis que Cyrine Makhlouf insiste sur la nécessité de revenir sur le dispositif pour améliorer la propreté à Saint-Étienne.
Un an après son lancement, le QR code en déchèterie reste donc au cœur d’un débat complexe, entre efficacité économique, gestion des flux et contraintes pour les habitants. Le dispositif, gratuit et évolutif, pourrait encore être ajusté, mais le conflit Ville / Métropole risque de perdurer tant que les dépôts sauvages et les frustrations des usagers ne seront pas résolus.
AC







