Un prédateur de retour à Doizieux
Le doute n’est plus permis. Après plusieurs années de soupçons, la présence du loup est aujourd’hui confirmée sur les hauteurs de Doizieux et dans les bois alentours. Bertrand Theillard, président de la société de chasse locale, a lui-même réussi à photographier l’animal en début d’année, à seulement quelques centaines de mètres du stade de football du village.
« On pensait qu’il était déjà là depuis deux ou trois ans, mais sans preuve formelle. Aujourd’hui, il n’y a plus de doute », explique-t-il. Plusieurs promeneurs et coureurs affirment également avoir aperçu jusqu’à trois individus sur les chemins forestiers.
Conséquence directe selon les chasseurs : une baisse notable des populations de chevreuils et un changement de comportement de la faune sauvage. « Nous, on régulait. Lui, il n’a aucun plan de chasse », résume Bertrand Teilhard, inquiet de voir l’équilibre local bouleversé.
Des attaques avérées sur les troupeaux
Du côté des éleveurs, l’inquiétude a rapidement laissé place à la réalité. Cyril Côte, éleveur ovin à Doizieux, a subi l’une des premières attaques recensées sur le secteur, fin juillet 2025. Cinq brebis ont été mortellement blessées.
« Sur trois brebis tuées, il en mange une seule. Les autres sont laissées mortes ou agonisantes », témoigne l’éleveur. Une situation d’autant plus critique que, dans la Loire, les brebis sont en gestation toute l’année. Le stress provoqué par les attaques peut entraîner des avortements et donc des pertes économiques importantes.
Le loup a depuis été officiellement identifié sur plusieurs communes voisines, notamment Châteauneuf, Longes et Pavezin. Pour les professionnels, le risque est désormais permanent.
Chiens de protection et sentiment d’impuissance
Face à la menace, les moyens de protection restent limités. Cyril Côte s’appuie aujourd’hui sur deux chiens de protection, bientôt trois. « Ils ont très bien travaillé, mais le loup s’adapte. Il attaque à l’écart, loin des chiens », explique-t-il, tout en soulignant la difficulté de concilier protection des troupeaux et cohabitation avec les nombreux touristes présents en estive.
Chez les chasseurs aussi, la vigilance est de mise, notamment pour les chiens de chasse, rapidement récupérés après les battues. « C’est notre seule marge de manœuvre », reconnaît Bertrand Teilhard.
Un débat toujours plus tendu
Protégé par la loi, le loup cristallise les tensions. « Tant que son statut ne change pas, on ne peut rien faire », regrette le président de la société de chasse. Les éleveurs, eux, dénoncent une gestion jugée trop laxiste au niveau national qui rappelle que les indemnisations ne compensent ni le stress des animaux, ni le choc émotionnel pour les éleveurs.
Dans le massif du Pilat, où l’élevage contribue aussi à l’entretien des paysages et à la préservation des milieux, la crainte est désormais claire : voir l’installation durable du loup remettre en question toute une activité agricole.
AC






