Une journée aux mille revendications
Depuis des semaines, la date du 17 octobre circule sur les réseaux sociaux et dans les esprits. Contre la hausse du coût de la vie, et en particulier des prix de l’essence. Plusieurs publications relayées en ligne le présentaient comme un retour des gilets jaunes, avant que la date ne devienne un rendez-vous « convergence des luttes » avec les lycéens et étudiants.
Un début de journée déjà tendu
Le matin, des manifestants se retrouvaient à Monthieu, peu nombreux. Dès la mi-journée, des groupes de manifestants se rassemblent place Jean-Jaurès. Des feux sont allumés à 12h. En face, les forces de l’ordre sont postées pour protéger la préfecture. L’atmosphère est déjà électrique. De jeunes manifestants crient leur colère et le fameux ACAB (ndlr « All Cops Are Bastards », qui se traduit en français par « Tous les flics sont des bâtards »), et les premières sommations sont prononcées par les forces de l'ordre. Vers 12h30, des grenades lacrymogènes sont lancées. Plusieurs manifestants dénoncent ces tirs et affirment que des jeunes ont été visés.
Un long cortège dans la Grande-Rue
À 14 h, des milliers de personnes convergent vers la place pour la manifestation principale. Elle n’avait pas été déclarée en préfecture. Un cortège s’élance et remonte la Grande-Rue. Les slogans sont vifs. Très vite, des panneaux publicitaires, des abribus et du mobilier urbain sont détruits sur le passage. Un manifestant interrogé, comme beaucoup, estime que quelques individus présents sont "venus pour casser" et il condamne la violence.
Affrontements et pillages
Au niveau de Centre 2, les forces de l’ordre bloquent le cortège, après le saccage de la mairie de proximité. Des affrontements éclatent et font des blessés des deux côtés. Un jeune homme est grièvement touché : il a eu la main arrachée, selon les informations recueillies, alors qu’il ramassait une grenade.
La manifestation officielle se termine dans la confusion. Plusieurs groupes s’en prennent à des commerces, d’abord une banque et une boutique de téléphonie mobile, puis une parfumerie place Dorian. D’importants mouvements de foule provoquent des scènes de panique. Les pillages s’intensifient, certains manifestants se laissant entraîner. Les affrontements avec les forces de l’ordre continuent jusqu’à 2 h du matin. Le bilan communiqué est de 63 interpellations.
Au lendemain, la réaction des autorités
Le maire de la ville de Saint-Etienne Régis Juanico et le préfet de la Loire François-Xavier Bieuville se sont exprimés en début de matinée, après avoir constatés les dégâts avec les commerçants. Il dit respecter la liberté de manifester. Selon lui, le cortège officiel, bien que non déclaré, a été maîtrisé par les organisations, notamment syndicales, qui l’ont encadré dans le respect du droit de manifester.
"Normalement, la voie publique est une obligation de déclaration. Et moi, je redis à l'ensemble des organisateurs que notre devoir, c'est d'organiser les manifestations pour pouvoir les sécuriser. Ce n'est pas une contrainte, mais il faut que nous puissions être en relation avec des organisateurs pour déterminer un parcours. Et ensuite, il appartient aux forces de l'ordre de sécuriser le parcours pour faire en sorte que les manifestations en général puissent se dérouler dans de bonnes conditions. Les lycéens eux-mêmes, dans leur dernier mouvement, avaient déclaré... Ça montre bien que de ce côté-là, il y a une responsabilité citoyenne.
La manifestation d'hier n'avait pas été déclarée. Nous l'avions pourtant sécurisé avec un parcours que nous avions anticipé.
Mais l'événement qui s'est passé n'est pas du domaine de la manifestation, n'est pas du domaine de l'exercice d'une liberté publique, n'est pas du domaine de la contestation normale. Dans un pays démocratique, on a le droit de contester, on a le droit de manifester. On a le droit d'avoir une expression qui est celle de l'exercice des libertés publiques qui sont là pour garantir les grands équilibres.
Ce qui s'est passé hier ne relève pas de tout ça. Ce qui s'est passé hier relève de petits groupes extrêmement mobiles qui avaient l'intention de détruire, qui avaient l'intention de porter atteinte à des intégrités physiques et des intégrités matérielles."
Le maire Régis Juanico a ajouté que l’hôtel de ville avait été à deux doigts de la catastrophe et que, sans l’intervention de la police nationale, intervenue à quelques minutes près, le bâtiment n’existerait plus aujourd’hui.
Le lendemain, les commerçants face aux dégâts
Dimanche matin, c’est le temps du constat. Des habitants se disent amers, et des commerçants en colère. Clémence Chaize, présidente de l'association des commerces de Saint-Jacques, Thierry Stentzel, président de Michelet et coeur de ville, ainsi que Tristan Thomas président de l'ACAPSE ( l'Association des Commerçants, Artisans et Prestataires de Services de Saint-Étienne) expliquent que leur ville est déjà touchée par de nombreuses difficultés et que la découverte de magasins détruit et pillés tombe au plus mal. Les vitrines sont détruites, et la crainte est double : les prochaines manifestations, mais surtout la fin d’année, période décisive pour le chiffre d’affaires. Les commerçants attendent un soutien des institutions, de l’État comme de la municipalité. Ils disent aussi vouloir accueillir leurs clients du mieux possible.
Et maintenant ?
Des dispositifs exceptionnels doivent être mis en place pour répondre aux revendications de chacun, commerçants comme citoyens. Ils restent à préciser dans les prochains jours.
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AC








