Ils ont beau avoir mis les gants c'est avec les mots qu'ils vont boxer. Sur le ring, pas de boxeurs cette fois, mais des orateurs. Ici, aucun coup n’est porté. Pourtant, la tension est bien réelle. À Saint-Étienne, le concours « Éloquence sur un ring » transforme une salle de boxe en véritable scène citoyenne, où les idées s’affrontent frontalement.
À l’origine de ce concept atypique, Le Quart d’Heure Festif, une association engagée contre l’isolement social. Son président, Leandro Moura, voulait rompre avec les formats traditionnels. « L’an dernier, le concours se déroulait dans des salles classiques. Cette fois, j’avais envie d’innover. J’ai toujours cette phrase en tête : la parole est un sport de combat. Le ring s’est imposé naturellement. »
La rencontre avec le Boxing Club du Soleil permet de concrétiser l’idée. La salle, habituellement dédiée à l’entraînement physique, devient le théâtre d’un autre type d’affrontement : celui des mots, dans le respect et l’écoute.
Sur le ring, les règles sont strictes. Chaque candidat dispose de six minutes de discours. Le temps de réponse est obligatoire et une phase de questions avec le jury vient clore chaque passage. Pour compliquer l’exercice, les participants montent avec des gants de boxe, les privant de leurs notes. « On voulait les challenger, les pousser à l’improvisation. Ils se retrouvent face à eux-mêmes, sans filet », explique Leandro Moura.
Les débats proposés frappent fort et obligent à prendre position. Les candidats s’affrontent toujours en duel, sur des questions qui résonnent bien au-delà du ring :
Les plus grands combats sont-ils ceux que personne ne voit ?
Peut-on gagner un combat sans jamais lever le poing ?
Dans un monde de coups, la parole peut-elle encore faire KO ?
Autant de sujets qui invitent à défendre une vision personnelle, à argumenter, à écouter l’autre et à répondre, parfois sous pression. Le concours se veut intergénérationnel : les participants ont entre 15 et 73 ans, certains ne sont pas francophones et bénéficient d’un accompagnement spécifique.
Président du jury pour cette édition, Majid Merwan, directeur technique du Boxing Club du Soleil, reconnaît avoir été surpris. « Ça peut sembler paradoxal, mais l’éloquence est essentielle, même dans le sport. Savoir s’exprimer, transmettre, convaincre, c’est fondamental. » Après avoir assisté aux prestations, le constat est unanime : « Je suis bluffé. Le niveau est impressionnant. »
Plus qu’un simple concours, « Éloquence sur un ring » est pensé comme un outil d’émancipation. Un espace où la parole se libère, où les générations se croisent, et où la confrontation devient dialogue. À Saint-Étienne, les mots ont trouvé leur ring. Et ils savent, eux aussi, faire vaciller l’adversaire.
AC








